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Genève cité d’accueil


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Affiche de l'exposition

L’histoire d’amour que nous avons voulu raconter est beaucoup plus ancienne que le siècle de la Réforme. Certainement des marchands britanniques ont fréquenté les foires de Genève dès le XIIIe siècle. Mais il y a plus: l’un des premiers fauteurs et instigateurs de la communauté des citoyens de Genève, qui devait donner naissance à notre République, est le comte Pierre II de Savoie, dont les successeurs auraient fait encore plus pour Genève sans le farouche attachement de ses citoyens à leur droit coutumier et à leur évêque.

Or Pierre II est l’oncle par alliance et le conseiller du roi d’Angleterre Henri III et détient en Grande-Bretagne un vaste comté, le comté de Richmond, et plusieurs fiefs importants. Nul doute que lors de ses séjours en Angleterre en 1251, puis de 1252 à 1253, il a vu fonctionner le système des communes que le roi Jean Sans Terre a confirmé par la Grande Charte de 1215. On peut toujours rêver que les franchises accordées par les Savoie dans toute la région lémanique ont un lointain relent britannique.

Mais au-delà ou en deçà du rêve, il y a les archives. Ce que l’archiviste de l’Eglise anglaise Holy Trinity Church nous a offert de présenter dans les vitrines de l’Ancien Arsenal est le fruit non seulement d’une conservation plus que séculaire des principaux documents retraçant le passé de cette communauté, mais aussi d’une réflexion historique sur son passé dans la longue durée.

On nous dira peut-être que les relations entre Genève et les protestants de Grande-Bretagne ont fait l’objet d’innombrables travaux, concrétisés notamment par neuf mémoires sur divers aspects de cette histoire sous l’Ancien Régime, présentés pour l’obtention du prix Robert Harvey entre 1936 et 1946 et conservés désormais dans notre collection des manuscrits historiques. On pourrait rappeler le fidèle amour pour notre ville et pour notre université de deux maîtres d’anglais dans les institutions privées et dans l’enseignement public de Genève, Thomas et son fils Robert Harvey, tous deux enterrés au cimetière de Plainpalais. L’Université et les Archives d’Etat leur doivent la Fondation Harvey, créée en 1922, toujours concrétisée par une salle où se donnent des séminaires d’histoire nationale, de sciences auxiliaires de l’histoire et d’archivistique qui contribuent au rayonnement de nos archives.

Mais avec l’initiative de Mme Offord et des responsables de l’église de la Sainte-Trinité, nous avons quelque chose de tout nouveau. C’est ainsi que nous voyons défiler dans nos vitrines, après les pièces spécifiques relatives à la fondation de la Holy Trinity Church en 1853, avec l’appui des autorités genevoises et de quelques généreux particuliers, les différentes étapes de cette histoire d’amour entre Genève et les protestants de langue anglaise: l’arrivée à Genève des protestants chassés par la persécution de Marie Tudor, dite «Marie la Sanglante», et l’intervention de Calvin en leur faveur; la carrière de John Knox, réformateur écossais, qui tient une place si importante dans l’histoire de la Réforme que sa statue figure au centre, avec Calvin, Farel et Théodore de Bèze, du Mur des Réformateurs; Jean Bodley, père du fondateur de la Bibliothèque bodléienne à Oxford, et le pasteur Anthony Gilby, hébraïsant, excellent connaisseur de la Bible; d’autres encore. Le Livre des Anglais, à la fois Livre des habitants et registre des baptêmes mariages et décès de la communauté anglicane de Genève, commencé en 1555, conservé aux Archives d’Etat de Genève, constitue une des pièces les plus vénérables de cette exposition; ainsi, ce n’est pas seulement 150 ans de présence anglicane à Genève que nous célébrons, mais quatre siècles et demi.

Puis viennent le travail critique sur la Bible en collaboration avec les pasteurs et professeurs de Genève, une intense activité de publications des textes sacrés et de propagande, grâce à une imprimerie de langue anglaise établie à Genève dès 1558; le départ des réfugiés et le maintien des liens entre Genève et les Réformés de langue anglaise, et surtout l’appui politique et économique accordé par la reine Elisabeth et certains de ses successeurs à la République de Genève; la présence anglicane à Genève au XVIIe siècle, avec l’illustre Gilbert Burnet. Le non-dit, mais qui s’explique sans peine, c’est l’absence des Anglais à Genève à l’époque de l’Annexion et des guerres napoléoniennes. Mais à partir de la Restauration, c’est le renouveau et l’épanouissement de la communauté anglaise à Genève: un premier lieu de culte est trouvé, la chapelle de l’hôpital (aujourd’hui le Palais de Justice), et le premier service est célébré le jour de Noël 1814. La musique, héritière de la tradition du XVIe siècle, est également à l’honneur, non seulement à l’église, mais aussi au Victoria Hall, financé par le consul général de Grande-Bretagne Daniel Barton à l’intention de l’Harmonie nautique fondée par lui; l’apport des Anglo-saxons au sport genevois, sous la forme du cricket, n’est pas oublié.

Les vitrines décrivant l’activité charitable de la communauté anglicane à Genève, non seulement à l’égard de ses propres membres, de ses compatriotes de passage à Genève ou des victimes de la famine en Irlande en 1847, mais aussi pour des sinistrés des villages de la région, montrent la parfaite intégration de ce groupe à la vie genevoise. Cela explique le succès de la souscription lancée pour la construction de l’église de la Sainte Trinité, dont nous célébrons le 150e anniversaire, et la bienveillance avec laquelle le Grand Conseil a accueilli la demande d’autorisation de construire et concédé un terrain, comme on peut le voir par les riches archives de la communauté déposées dans nos vitrines à cette occasion.

Une exposition sur les relations entre Genève et sa communauté anglo-saxonne ne saurait passer sous silence la dimension du tourisme et de l’alpinisme dans la ville et sa région, ainsi que dans les Alpes savoyardes. Là aussi, l’équipe emmenée par Mme Valerie Offord a innové: en effet, les voyageurs de Grande-Bretagne de passage à Genève ont été invités à participer à la souscription en faveur de la nouvelle église; de plus, nous avons le privilège d’exposer le journal du premier voyage Cook à Genève, auquel prit part en 1863 Miss Jemima Morell: elle ne manque pas de rappeler sa participation aux services religieux.

Que de richesses! Les textes accompagnant les objets et les documents dans les vitrines, ainsi que les explications figurant dans les brochures sont l’œuvre de Mme Valerie Offord et de ses collaborateurs membres de la communauté anglicane, la traduction française est due à Mme Sandra Coram-Mekkey, collaboratrice scientifique des Archives d’Etat. Les Archives d’Etat remercient très chaleureusement toutes les personnes et les institutions qui ont contribué, par des prêts ou par leur travail compétent, à cette réalisation, particulièrement les responsables de l’église de la Sainte-Trinité, la Bibliothèque publique et universitaire de Genève, le Musée historique de la Réformation, et les deux commissaires de l’exposition, Mme Valerie Offord et M. Pierre Flückiger, archiviste aux Archives de l’Etat. Enfin la soussignée ne peut que se réjouir de l’engagement manifesté à nouveau par l’équipe des Archives et leurs amis de Grande-Bretagne pour mener à bonne fin cette réalisation.

Catherine Santschi
Archiviste de l’Etat

The welcoming city: english-speaking Protestants in Geneva from 1555 to the present day

An exhibition at the State Archives Geneva to celebrate the 150th anniversary of the building of Holy Trinity Church.

Our community was honoured when Mme Santschi, the Geneva State Archivist, accepted our proposal that we should jointly display the history of English-speaking Protestants in Geneva from the l6th century to the present day, by using largely, but not exclusively, our church archives. We understand that this is the first time a ‘foreign’ community has been granted this privilege and it seems to us to be another justification for the chosen title of the exhibition.

The official reason for the exhibition is to mark the 150th anniversary of the building of Holy Trinity Church in 1853 but this would make for a very inward looking theme. Therefore to widen its scope and appeal, subjects have been chosen which illustrate the interaction between the Swiss, the Genevese and the English speaking community.

Furthermore, the time span has been enlarged to cover the era of the 16th century Marian exiles, who were Protestants fleeing the persecution of Mary, the Tudor Catholic Queen of England. The State Archives has in its safekeeping our most precious document: the ‘Livre des Anglois’, the Register of the English Church at Geneva under the pastoral care of John Knox and Christopher Goodman 1555-1559. This was presented to the city authorities in 1560 as a memorial of the exiles’ stay as they were then able to return home on the death of Mary Tudor.

In order to explore the theme more effectively documents have been lent not only from the Geneva State Archives but also the Bibliothèque Publique et Universitaire, the Reformation Museum in Geneva and the Thomas Cook Archive in England. Institutions such as the Bodleian Library, Oxford and the Alpine Club, London have prepared copies of documents too fragile to be sent to Geneva. Other English speaking church communities the American Episcopalian Church, CrossRoads Community Church in Ferney-Voltaire and most especially the Church of Scotland, have given our project a friendly welcome, and where possible, have contributed help and objects for display.

There is another reason for using our archives in this exhibition. It has long been felt that, although they have survived nearly two centuries of being handed from one church council chairman to another and, more recently, from archivist to archivist, being secluded in the church tower or strewn around the vestry, this haphazard, unsatisfactory state of affairs should come to an end. The Geneva State Archives has indicated its willingness to accept our Archive on an extended loan basis. It would remain the property of Holy Trinity Church, could be freely consulted by researchers but could be withdrawn whenever the community so desires.

It is a remarkably complete and wide-ranging archive, on a par with that of a typical English parish. It includes a complete set of Minute books from 1821 to the present day, Parish registers of Births, Deaths and Marriages from 1835, extensive and detailed financial accounts, deeds, letters, newsletters, posters, programs and photographs as well as official communications from the State of Geneva.

No exhibition can ever tell a complete story. It is always dependent on the judgment of the moderator. Furthermore, any subject selection has to be biased to use the documents available to their best advantage whilst simultaneously demonstrating the range of the archive. The organizers sincerely hope that these objectives have been attained and that the visitor will forbear any shortcomings, if such they find, in the historical emphasis.

Valerie Offord M.A. Cantab
Honorary Archivist of Holy Trinity Church
and Exhibition Organizer

1. Le culte anglican à Genève


Le culte anglican existe à Genève depuis le milieu du XVIe siècle. Le bâtiment actuel, Holy Trinity Church, est édifié en 1853 sur un terrain situé sur les anciennes fortifications de la ville et donné par l’Etat de Genève. En 2003, la communauté anglicane rend grâce pour le 150e anniversaire du bâtiment.

La présente exposition Genève, cité d’accueil: les protestants de langue anglaise de 1555 à nos jours fait partie d’une série de célébrations et retrace l’histoire de la communauté à travers les siècles.

Costumes d'Henry VIII et Anne Boleyn
Costumes du roi d’Angleterre Henri VIII et de la reine Anne Boleyn (prêt de Mme et M. Iselin)

Dessinés et fabriqués par Angela Bradshaw d’après un portrait de Holbein. Portés par M. Robert Iselin, président du comité d’organisation des Eglises anglophones, et son épouse, Liliane Iselin, au Marché aux pistoles, à Genève, en mai 1986. Leur stand, «La rose et le chardon», dans la cour de l’Hôtel de Ville, fut honoré de la présence de hallebardiers de la Tour de Londres.

L'église anglicane, gravure env. 1865
Gravure de l’église anglicane, environ 1865 (prêt privé)

2. Marian Exiles


«Marian Exiles» ou les réfugiés des persécutions de Marie Tudor dans la cité de Calvin

 

Dans de nombreuses parties d’Europe, le XVIe siècle est témoin d’un mouvement de réforme de l’Eglise en général et de production de Bibles vernaculaires, de psautiers et de livres de culte en particulier. En Angleterre, ce processus s’est accéléré sous Henri VIII, pour continuer durant le règne d’Edouard VI, avant de connaître un prompt revirement avec la reine Marie, qui monte sur le trône en 1553. Ses tentatives brutales et répétées de retourner au catholicisme causent la fuite sur le continent de nombreuses personnes craignant pour leur vie. Ces réfugiés se rendent dans des villes telles que Bâle, Francfort, Emden, Strasbourg, Padoue, Zurich et Genève, où ils sont généralement reçus avec une grande bienveillance et où on leur octroie des lieux pour célébrer leur culte. L’origine de l’église anglaise de Genève remonte à cette époque. Calvin reçoit ces réfugiés avec bonté en 1555 et ces derniers ont un impact considérable sur la vie intellectuelle et spirituelle de la ville. L’accession au pouvoir d’Elisabeth Ire en 1559 leur permet de retourner en Angleterre et en Ecosse, et de participer pleinement à la vie religieuse, politique et économique de leurs propres pays.

AEG, Archives privées 247/I/100
Vue de Genève au XVIe siècle (AEG, Archives privées 247/I/100)

La ville de Genève avec sa situation. Gravure sur bois aquarellée, extraite de la Cosmographie universelle de tout le monde d’après S. Münster, augmentée et enrichie par François de Belle-Forest, 1575, Paris.

3. Livre des Anglois


Livre des Anglois ou registre de l’Eglise anglaise de Genève sous le pastorat de John Knox et de Christopher Goodman, 1555-1559

A leur arrivée à Genève, les exilés commencent un registre paroissial, connu sous le nom de Livre des Anglois. On y enregistre les noms des réfugiés qui arrivent à Genève le 15 octobre 1555, les noms des Anglais déjà établis à Genève à cette date, les noms de ceux qui arrivent au cours des années suivantes, les ministres, diacres et anciens (membres du conseil), qui sont élus chaque année, et les baptêmes, mariages et enterrements.

Comme le montre l’étude des registres des habitants, le registre paroissial ne fournit certainement pas un recensement complet de la communauté anglaise à Genève à cette époque-là, mais il donne néanmoins une bonne idée de la situation. Le groupe de personnes de loin le plus important est composé de prédicateurs, de pasteurs et d’intellectuels – John Knox, Anthony Gilby, William Kethe, Miles Coverdale, William Whittingham, William Williams, Thomas Sampson, Lawrence Humphrey, pour n’en nommer que quelques-uns. Mais la communauté anglaise comprend également des membres de la petite noblesse, comme sir William Stafford, des marchands, comme John Bodley, l’épouse d’un marchand, Anne Locke, des imprimeurs, comme Rowland Hall, ainsi que des artisans et des domestiques.

Lorsqu’ils quittent Genève en 1560, les réfugiés offrent le registre de paroisse aux autorités genevoises en guise de souvenir de leur passage.

AEG, E.C. Communautés diverses 2

Extrait de la première page du Livre des Anglois (AEG, E.C. Communautés diverses 2)

4. Erudition et Bible de Genève


En janvier 1555, Thomas Lever écrit à Henri Bullinger à Zurich, en lui décrivant ainsi sa vie à Genève: «Je vis ici entièrement libre de tout devoir public. J’assiste à tous les sermons et séances d’instruction publique de Calvin […] Je consacre le reste de mon temps à la publication d’un petit livre en anglais. Il est chez l’imprimeur et, si Dieu le veut, il sera bientôt envoyé en Angleterre».

Les réfugiés anglais se trouvent pris dans un tourbillon d’érudition et de traductions bibliques. Calvin et les Genevois écrivent abondamment, traduisant la Bible en français et produisant un psautier versifié. Les Italiens, avec qui les Anglais partagent l’Auditoire, traduisent la Bible en italien, alors que les Espagnols impriment le Nouveau Testament dans leur langue.

BPU, BB 631 Rés.
La Bible et les Saintes Ecritures contenues dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, imprimée à Genève par Rowland Hall, 1560 (BPU, BB 631 Rés.)

La Bible de Genève est traduite par William Whittingham, Anthony Gilby, Lawrence Humphrey, Miles Coverdale, ancien évêque d’Exeter, Christopher Goodman, Thomas Sampson, John Knox et de nombreux autres érudits exilés. Elle est basée sur la Grande Bible, pour l’Ancien Testament, et sur la révision par Whittingham de l’édition de 1534 du Nouveau Testament de Tyndale, qui est publié à Genève par Conrad Badius en 1557.

Les érudits qui travaillent à l’édition de la Bible de Genève ont accès aux meilleurs manuscrits hébreux et grecs, y compris au codex de Théodore de Bèze. Elle contient maintes caractéristiques innovantes et ouvre une nouvelle ère aux traductions anglaises. C’est la première Bible en anglais à être illustrée, annotée et divisée en versets. L’italique est employé pour signaler l’ajout de mots destinés à clarifier le texte. Sa publication et son impression sont largement organisées et financées par John Bodley.

Cette Bible connaît au moins cent quarante éditions, entre 1560 et 1644. Les émigrants du Mayflower l’emmèneront avec eux dans le Nouveau Monde.

5. John Bodley


John Bodley est un riche marchand d’Exeter qui s’exile sur le continent pour fuir les persécutions de Marie Tudor, avant de se fixer définitivement à Genève, en 1557, avec sa famille et ses domestiques. Il installe William Williams et Rowland Hall comme imprimeurs. John Bodley est un acteur majeur dans la publication et le financement de la Bible de Genève.

Thomas Bodley, son fils, fonde plus tard la Bibliothèque Bodléienne à Oxford. Dans son autobiographie, il écrit:
«Mon père avait résolu d’établir son domicile dans la cité de Genève, où, autant que je m’en souvienne, l’église anglicane comptait une centaine de personnes. J’avais alors douze ans, mais, grâce aux soins de mon père, j’étais suffisamment instruit pour devenir un auditeur de Chevalerius en hébreu, de Beraldus en grec, de Calvin et de Bèze en théologie… J’y suis donc resté plus de deux ans, jusqu’à ce que notre nation apprenne la mort de la reine Marie et sa succession par Elisabeth, avec le changement de religion, ce qui poussa mon père à retourner hâtivement en Angleterre…».

Portrait de Sir Thomas Bodley
Portrait de Sir Thomas Bodley (reproduction de Sir Thomas Bodley and his Library, Bodleian Library, University of Oxford, 2002)

Miniature représentant Thomas Bodley peinte par Nicholas Hilliard en 1598. Les Bodley et les Hilliard, deux bonnes familles protestantes, étaient des citoyens de premier plan dans la ville d’Exeter, dans le Devon. En 1557, Nicholas Hilliard accompagne la famille Bodley à Genève.

6. Anthony Gilby


Anthony Gilby (~1510-1585) est un pasteur, excellent connaisseur de la Bible. Quittant l’Angleterre peu après l’accession de la reine Marie au trône, il suit John Knox et William Whittingham à Francfort, puis à Genève, où il arrive le 13 octobre 1555, accompagné de sa femme et de son fils Goddred.

Durant son séjour à Genève, il officie comme pasteur de l’Eglise anglicane et est membre de son comité. Il travaille à la forme des prières de la communauté et publie un traité sur la prédestination. Toutefois, il est probablement mieux connu pour sa contribution à la «Bible de Genève», ayant été, en tant qu’hébraïsant, l’un des traducteurs-clés de l’Ancien Testament.

De retour en Angleterre, il devient le prédicateur «à la mode de Genève» du très puritain comte de Huntingdon à Ashby-de-la-Zouch, dans le Leicestershire, où il demeure jusqu’à sa mort en 1585.

Musée historique de la Réformation, B 17,2 (76)
The Treasure of Trueth (Musée historique de la Réformation, B 17,2 (76))

Traduction: Le trésor de la vérité touchant le fondement de l’Homme, son salut et les points principaux de la religion chrétienne; avec une brève somme de la doctrine de la Providence de Dieu, contenue dans trente-huit courts aphorismes. Ecrit en latin par Théodore de Bèze et récemment traduit en anglais par John Stockwood, Londres, 1576.

William Whittingham est le premier à traduire en anglais le traité latin de Théodore de Bèze sur la prédestination (1575?). The Treasvre of Trueth est la deuxième traduction et contient, en supplément, deux travaux plus courts sur la même doctrine, l’un de John Foxe et l’autre de Anthony Gilby. La contribution de ce dernier est une réédition de son A briefe treatyse of election and reprobation, imprimé à Genève en 1556, peu après son arrivée. La prédestination est alors objet de controverse en Angleterre et Gilby, polémiste invétéré, explique qu’il a écrit son exposé de septante pages pour contrer les adversaires de cette doctrine.

7. Exil et retour des réfugiés


Outre les réfugiés pour cause religieuse et les intellectuels, d’autres personnes viennent à Genève avec leurs familles et leurs domestiques, comme des aristocrates, des marchands, des imprimeurs ou des commerçants.

Sir William Stafford est un riche aristocrate et un farouche partisan de la Réforme. Sa première épouse est Marie Boleyn, sœur d’Anne, l’une des femmes de Henri VIII. Le Livre des Anglois enregistre l’arrivée, en 1555, de Stafford avec sa deuxième épouse, Dorothy, ses enfants, sa sœur et ses domestiques. Ils demandent immédiatement aux autorités la permission de résider à Genève.

AEG, E.C. Communautés diverses 2, folio 73
Baptême de John, fils de William Stafford, 4 janvier 1556​. Extrait du Livre des Anglois (AEG, E.C. Communautés diverses 2, folio 73)

Calvin est le parrain de John Stafford, ce qui entraîne lady Dorothy à entrer en conflit avec le réformateur pour la garde de l’enfant, à la mort de son mari trois mois plus tard, le 5 mai 1556. La veuve, lady Dorothy Stafford, est finalement autorisée par le Conseil à partir avec son enfant vers une cité réformée, qui ne serait ni en France, ni en Angleterre. Le 24 août 1557, elle part pour Bâle, une autre ville accueillant des réfugiés, où elle est reçue officiellement le 3 novembre 1557. En janvier 1559, elle retourne en Angleterre, où elle devient maîtresse de la garde-robe d’Elisabeth Ire, une charge qu’elle conservera jusqu’à sa mort.

8. Gratitude des Anglais


Fine politique, la reine Elisabeth Ire nomme à des postes importants de l’Eglise et du gouvernement de nombreuses victimes des persécutions de Marie Tudor rentrées en Angleterre. Durant tout son long règne, de 1559 à 1603, elle garde un contact étroit avec Genève, qui a su accueillir les réfugiés pour cause de religion et témoigne à chaque occasion aux Genevois sa reconnaissance en les soutenant dans leur lutte constante contre les menaces d’invasion catholique.

La quête faite durant le règne d’Elisabeth Ire pour Genève par les habitants de la ville de Lydd, dans le Kent, en est un exemple. En 1583, la ville de Lyme Regis, dans le Dorset, fait deux quêtes en faveur de Genève, l’une de 3 £, 3 s. et 6 d., l’autre de 1 £, 10 s. et 10 d., et il ne fait aucun doute que d’autres quêtes seront mises à jour grâce à des recherches minutieuses dans les documents locaux. Le compte-rendu écrit du témoignage oculaire d’un Anglais sur l’Escalade est une indication évidente du contact politique continu qui existe entre Genève et Londres durant le XVIe et le début du XVIIe siècles.

AEG, Archives privées, 247/I/44Vue de Genève au temps de l’Escalade (AEG, Archives privées, 247/I/44)

Genève, planche 40 des Plans et profils de toutes les principales villes et lieux considérables de France, par Nicolas Tassin, 1634. Vue panoramique aquarellée, prise du Bois de la Bâtie.

9. Présence anglicane au XVIIe siècle


A plusieurs reprises au cours du XVIIe siècle, des groupes d’Anglais requièrent auprès du gouvernement de Genève l’autorisation de pouvoir officier dans leur propre langue. Il faut attendre 1685 pour que ces requêtes soient reprises par le révérend Gilbert Burnet. En qualité de Chapelain de la cour, il juge en effet sage de partir en exil lorsqu’un monarque catholique romain, le roi Jacques II, monte sur le trône. Gilbert Burnet, qui deviendra plus tard évêque de Salisbury, écrit que sa demande de pouvoir officier en anglais lui est accordée avec une grande chaleur par les autorités genevoises et il ajoute que: «Si le nombre de notre nation devenait si grand qu’il nécessitait une église, … elle nous serait donnée, comme ce fut le cas sous le règne de la reine Marie». Gilbert Burnet est un auteur prolifique. Avec à propos pour quelqu’un qui se trouve exilé à Genève, il écrit une Histoire de la Réformation.

"Some letters...", G. Burnet, Rotterdam, 1686

«Plusieurs lettres contenant un récit de ce qui semblait le plus remarquable en Suisse, Italie, etc.», de G. Burnet, Rotterdam, 1686

Cet ouvrage démontre que Gilbert Burnet est non seulement un clerc érudit, mais aussi un observateur attentif. Il commente avec lucidité et précision tout ce qu’il observe. Concernant Genève, il explique son gouvernement et sa situation économique. On trouve également dans cet ouvrage, en guise de post-scriptum, un passage plein d’humanité et de compassion à l’égard de Mistris Walker, de Genève. Enfant, elle a perdu la vue à la suite d’un accident; son père l’encourage et invente même une méthode pour lui apprendre à écrire. Il exige que «des lettres fussent gravées dans du bois et elle, en touchant les caractères, s’en fit une telle représentation, qu’elle écrit si clairement, que son écriture est bien lisible». Voilà, semble-t-il, un exemple précoce de la libération de la femme, de la considération pour les handicapés et d’un procédé avant-coureur du braille.

10. Etablissement d’une congrégation régulière


En 1813, après quinze ans d’occupation française, Genève recouvre son indépendance et les Anglais accourent à nouveau en foule: membres de l’aristocratie faisant le Grand Tour, étudiants et marchands désireux de développer leur commerce. La communauté anglaise a désormais besoin d’un lieu de culte en accord avec les rites de l’Eglise anglicane. Le Conseil d’Etat donne son accord et le premier service est célébré le jour de Noël 1814 par le révérend Richard Sumner, dans la chapelle de ce qui est alors l’hôpital, aujourd’hui le Palais de Justice. La présence anglicane à Genève est depuis lors plus ou moins continue jusqu’à nos jours. Les archives de la communauté, bien que parfois incomplètes, en témoignent.

En 1813, après quinze ans d’occupation française, Genève recouvre son indépendance et les Anglais accourent à nouveau en foule: membres de l’aristocratie faisant le Grand Tour, étudiants et marchands désireux de développer leur commerce. La communauté anglaise a désormais besoin d’un lieu de culte en accord avec les rites de l’Eglise anglicane. Le Conseil d’Etat donne son accord et le premier service est célébré le jour de Noël 1814 par le révérend Richard Sumner, dans la chapelle de ce qui est alors l’hôpital, aujourd’hui le Palais de Justice. La présence anglicane à Genève est depuis lors plus ou moins continue jusqu’à nos jours. Les archives de la communauté, bien que parfois incomplètes, en témoignent.

HTC ArchivesReçu extrait des archives de la communauté anglicane de Genève (HTC Archives)

Le produit des quêtes de la communauté anglicane n’est pas seulement destiné à ses propres membres, comme en témoigne ce reçu.

11. Musique anglicane à Genève


La Réforme est le témoin des grands changements, aussi bien dans la pensée religieuse que dans la musique d’église. Durant la présence à Genève d’exilés fuyant les persécutions de Marie Tudor, des psautiers versifiés d’un style calviniste sont publiés. Depuis la construction de l’église anglicane (Holy Trinity Church) en 1853 et l’installation d’un orgue, la musique joue un rôle important dans la vie de la communauté.

En 1550, John Merbecke, réformateur zélé étudiant les œuvres de Calvin, publie un livre intitulé Booke of Common praier noted, ou Livre de la prière commune annoté, qui doit répondre aux difficultés rencontrées par les églises et les cathédrales en offrant une musique simple pour les chants de la communion, des matines et des vêpres. De même que Luther et Calvin, Merbecke utilise dans ses compositions une musique traditionnelle, mais il choisit de s’en tenir au rythme libre des mots et d’employer une notation musicale qui rappelle celle du chant grégorien.

HTC Archives

Partition extraite du psautier Hymns Ancient & Modern, Londres, 1875 (HTC archives)

12. Cricket et autres sports


L’intérêt que manifestent les Britanniques vivant en Suisse pour les sports alpins, entre autres, est depuis longtemps connu. Le fils de lord Stanhope est célébré et fait bourgeois en 1771 pour avoir gagné la compétition du Jeu de l’Arc de Genève. John Auldjo, président du comité de l’Eglise anglicane durant de nombreuses années, gravit le Mont Blanc en 1827.

Le cricket se joue à Genève depuis le début du XIXe siècle. Le club de cricket de Genève, le premier de Suisse, est fondé le 16 avril 1872. Ce club utilise la plaine de Plainpalais comme terrain de jeu jusqu’en 1890, lorsqu’un autre terrain, qui abrite également des courts de tennis, est mis à sa disposition à La Garance, à Chêne-Bougeries, grâce à la générosité de Daniel F. P. Barton, également joueur dans cette équipe. Le club est réanimé en 1952 et, en 1991, la ville de Genève lui octroie l’accès au stade de Champel​.

BPU, iconographie 14M
Vue de la Ville de Genève et de Plainpalais en 1817 par Giovanni Salucci. Gravure en couleurs (BPU, iconographie 14M​)

13. Charité


Durant la première moitié du XIXe siècle, il est coutumier pour la chapelle anglicane de débourser des fonds pour le secours d’«objets de charité». Ces derniers sont par exemple des individus qui arrivent à Genève ou qui s’y sont installés et qui connaissent des moments difficiles. On vient parfois aussi en aide à des villages, comme Puplinge, Mornex et Cluses, lors de désastres, mais également à des communautés lointaines qui avaient des attentes particulières vis-à-vis de la chapelle anglaise. C’est le cas des Irlandais lors de la terrible famine des pommes de terre. Ces aumônes cessent en 1852, alors que l’on construit l’église anglicane actuelle (Holy Trinity Church). Une nouvelle règle prévoit en effet que les indigents relèvent du consul de Grande-Bretagne.

Les empires se partagent le monde, caricature

Caricature. Les empires se partagent le monde

14. Construction de l’église anglicane


En 1846, un groupe de résidents anglais lance une souscription à Genève et en Angleterre pour construire une église qui serait propre à la communauté et requiert auprès du Conseil d’Etat l’autorisation d’acquérir un terrain pour l’y construire. Ce n’est pas une époque propice, puisque les révolutions de 1848 vont plonger l’Europe dans le chaos. En 1850, cependant, l’autorisation et la concession d’un terrain de la part du canton de Genève sont acquises et la construction débute en mai 1851.

La première pierre est posée le 1er octobre de la même année et l’église anglicane (Holy Trinity Church) est consacrée le 30 août 1853 par l’évêque de Winchester.

Gravure de l'église Holy Trinity de Genève

L’église Holy Trinity de Genève, gravure.

15. Voyages et voyageurs


A travers les siècles, une multitude de voyageurs anglais se sont rendus à Genève. Le révérend Gilbert Burnet est l’un d’eux, au XVIIe siècle: «Je passe l’hiver à Genève avec plus de satisfaction que je pensais qu’il me fût possible de trouver hors d’Angleterre».

Petit à petit augmente le nombre d’étudiants, de voyageurs faisant le Grand Tour ou restant à Genève pour la saison, de visiteurs venant faire de l’exercice physique, comme l’escalade du Mont Blanc, ou simplement améliorer leur santé. La première moitié du XIXe siècle voit l’église anglicane de Genève faire appel à ces visiteurs pour récolter des fonds, les journaux publier le nom des touristes demeurant dans les hôtels locaux afin de leur permettre de se contacter les uns les autres et finalement, comme le montre le journal de Mlle Jemima, des tours organisés venir en Suisse avec le guide Murray.

AEG, Archives privées 247/II/5
Vue aérienne de Genève (AEG, Archives privées 247/II/5)

Vue prise au dessus de la gare du chemin de fer, dessin et lavis par Louis George, d’après A. Guesdon. Vue de la gare en direction de l’Est, juillet 1857. La ville de Genève telle que la voient à leur époque Mlle Jemima et ses compagnons voyageurs faisant le tour organisé de Cook. A remarquer la gare de Cornavin, où ils arrivent de Paris, à minuit, le samedi 27 juin 1863.

16. John Auldjo


Durant les XVIIIe et XIXe siècles, les Britanniques découvrent les délices de la montagne et de l’alpinisme. Genève est la porte ouverte sur le Mont Blanc et ses glaciers. Les aristocrates et les voyageurs faisant le Grand Tour, mais aussi des écrivains et des soldats commencent à inclure Chamonix dans leur itinéraire et, naturellement, nombreux sont ceux qui tentent de gravir le Mont Blanc. Sept des vingt premiers alpinistes sont des sujets britanniques, dont les récits sont par la suite publiés.

John Auldjo, plus tard président du comité de l’Eglise anglicane de Genève, est le premier Ecossais à gravir le Mont Blanc lors de son Grand Tour, en 1827.

HTC Archives
Avis de décès de John Auldjo (Répertoire des baptêmes, mariages et enterrements 1835-1873, HTC Archives)

Mention du décès de John Auldjo (1805-1886) dans le Registre des baptêmes, mariages et enterrements de la communauté anglicane.


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