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Empreintes sportives


Introduction

Citius, altius, fortius: cette devise représente l’apothéose des valeurs sportives mises en lumière par le baron Pierre de Coubertin au moment de la création du Comité international olympique en 1894 à Paris. Les Jeux olympiques restent certes pour tout sportif d’élite un aboutissement et un Graal à atteindre. Or, pouvons-nous réduire le sport à ces seules manifestations ?

Loin de suivre uniquement les pratiques élitistes, il s’agit avant tout de montrer comment, à Genève, on passe, parfois, de l’exercice militaire au sport d’élite, comment la population entretient son corps, tant pour des raisons de bonne santé que de loisirs.

Le sport est plus présent en ville, il y est ancré et laisse une véritable trace dans l’espace urbain.

En 1911, le Bâtiment électoral accueille une première grande exposition de sports, marquant ainsi l’inscription de Genève dans le développement de la culture de masse qui débute au milieu du XIXe siècle. Cette exposition permet d’inscrire davantage la cité de Calvin dans les parcours touristiques comme de montrer l’importance des infrastructures genevoises et environnantes en matière de sport et de loisirs.

Rue de l’Arquebuse, pont de la Coulouvrenière, rue du Vélodrome, parc des Sports, rue du Tir, place de la Navigation – entre autres – sont des noms qui rappellent l’imprégnation sportive de Genève. En effet, bon nombre de lieux-dits, de rues, de chemins, d’espaces urbains ont un lien direct avec le jeu, le loisir, le sport, l’activité sportive et reflètent à leur manière cette histoire singulière de Genève.

Les premiers signes se repèrent d’ailleurs dans l’une des toiles les plus emblématiques de l’histoire de notre ville, La pêche miraculeuse, de Konrad Witz. Au-delà de la représentation religieuse, ce panneau du grand retable de Saint-Pierre est considéré comme le premier paysage topographique de l’histoire de la peinture. Un détail en arrière-plan alerte l’oeil de l’archéologue, de l’archiviste ou de l’historien du sport: l’exercice du tir à l’arc y est représenté.

C’est donc dans de tels détails apportés par la toponymie, la lecture de documents d’archives, l’analyse de documents iconographiques que s’articule cette exposition.

Affiche de l'exposition

01. Jeu de paume


Plan Billon 1726 (AEG, Cadastre A 2, planche 63-64)

Plan Billon 1726 (CH AEG, Cadastre A 2, planche 63-64)

S’il y a bien un sport ancestral, c’est le jeu de paume. Déjà mentionné en tant que pratique sportive vers l’an 350 dans les Confessions de Saint-Augustin, l’exercice consiste à frapper une balle à main nue ou avec un gant de cuir. Il devient par la suite un sport de raquette. Le jeu de paume est en effet l’ancêtre de la pelote basque, de la pelote valencienne, du jeu de balle au tambourin et, bien entendu, du tennis.

Genève possède sous l’Ancien Régime deux salles de jeu de paume, la première située près de Longemalle, dans les rues entre Rive et les quais, la seconde à Saint-Gervais. Galiffe, dans sa Genève historique et archéologique, indique que les habitués du jeu de paume ont leurs armoiries accrochées aux murs. L’établissement de Rive est surnommé le tripot et son tenancier, le tripotier.

Au fur et à mesure que sa pratique entre dans les mœurs et devient très prisée, les jeunes gens de bonne condition commencent quant à eux à l’abandonner et ce dès le début du XVIIIe siècle. Les salles de jeu de paume deviennent des salles de théâtre. C’est ainsi qu’en 1738-1739, la troupe de Frainville Gherardi s’installe dans celle de Saint-Gervais.

Le plan Billon (1726) place l’une de ces salles à la rue de Chevelu (aujourd’hui à la hauteur de la rue De-Grenus et de la rue Rousseau – voir ci-dessous), l’autre à proximité de la place Longemalle. Encore présents sur le plan cartographique Céard (1837-1840), les deux disparaissent dans la seconde moitié du XIXe siècle, laissant la place à l’urbanisation de la ville.

Avec le développement des sports de raquette, le jeu de paume devient plutôt une pratique de démonstration. Le tennis, le badminton, le squash (depuis 1948 à Genève), pour ne citer que ces trois-là, montrent sa popularité jusqu’à nos jours.

02. Navigation


CH AEG Archives privées 435.37

Plan de voilure (CH AEG Archives privées 435.37)

Décrire la pratique de la navigation à Genève, c’est remonter à la fondation même de la ville. Bordée par le Léman, traversée par le Rhône et l’Arve, Genève a toujours su tirer parti de sa vocation lacustre et nautique. Bien qu’elle soit une ville à l’intérieur des terres, la Cité de Calvin entretient une relation particulière et singulière avec l’eau. Si au départ l’eau est utilisée pour le commerce et l’économie urbaine, elle devient dès le milieu du XIXe siècle un espace dédié aux loisirs et à la détente. La conquête de l’eau est ainsi amorcée, basée notamment sur l’imaginaire tant des grandes découvertes du XVe siècle que des grandes batailles du XVIIIe.

Les Genevois découvrent et apprivoisent le plus grand lac d’Europe par des moments de tranquillité et de sérénité. Ils s’adonnent à la flânerie lacustre, aux régates sportives et aux jeux d’eau. Si Genève est aujourd’hui reconnue pour son excellence nautique, c’est notamment grâce à des hommes et des femmes qui ont laissé leurs empreintes tant dans les palmarès sportifs que dans la recherche et l’innovation autour de l’art de naviguer.

Le nautisme est mis à l’heure de la pratique sportive principalement avec la création en 1872 de la Société nautique de Genève et de sa section d’aviron. La mise en place de clubs sportifs se développe souvent avec la présence d’étudiants étrangers. C’est ainsi que des étudiants anglais fondent, par exemple, en 1851 la Société de régates de Schelde, devenue le Yacht Club belge.

La “Nautique”, comme certains aiment l’appeler, joue un rôle primordial dans l’organisation internationale de l’aviron. Elle prend part en 1892 à Turin aux négociations pour la création de la Fédération internationale des sociétés d’aviron et acquiert, en 1907, le statut d’Autorité nationale pour le yachting de course en Suisse.

Le tournant du XXe siècle permet quant à lui le développement massif de la régate. Les festivités du centenaire de l’entrée de Genève dans la Confédération suisse sont par ailleurs un “écran publicitaire” considérable pour la voile.

Le Bol d’Or est sans aucun doute la compétition de voile la plus emblématique de Genève. Organisé pour la première fois en 1939, il regroupe aujourd’hui plus de 600 voiliers sur le lac Léman. Cette régate est la plus importante du monde dans sa catégorie et prévoit la traversée du lac, sur le parcours Port-Noir – Bouveret – Port-Noir. Le vainqueur en temps réel remporte le challenge Bol d’Or qui est remis en jeu chaque année, à moins qu’il ne soit gagné trois fois en cinq ans par le même propriétaire. La course se tient au début du mois de juin et marque l’ouverture de la saison de la voile à Genève.

03. Noble Exercice de l’Arc


Musée d'art et d'histoire de Genève, 1843-0011

Détail de La pêche miraculeuse de Konrad Witz (Musée d’art et d’histoire de Genève, 1843-0011)

Le Noble Exercice de l’Arc est sans aucun doute la “mère” de toutes les sociétés sportives de Genève. Créée aux alentours de 1444, elle devient l’une des sociétés les plus actives dans la pratique du tir à l’arc. L’attestation de son existence prima inter pares tient avant tout à la représentation d’une scène de tir à l’arc dans l’oeuvre de Konrad Witz, La Pêche miraculeuse, l’un des éléments forts des représentations artistiques de Genève.

Bien que l’aspect militaire soit parfois associé au tir à l’arc, l’identité sportive et de loisirs de ce dernier est très forte dès le départ, au contraire notamment du tir à l’arquebuse ou à la couleuvrine, ou d’autres qui ont comme prémices l’activité de défense de la ville.

Le Noble Exercice de l’Arc et la pratique du tir elle-même sont peu documentés avant le XVIIIe siècle, si ce n’est dans les actes officiels de la République de Genève, notamment les Registres du Conseil.

L’essor de la société prend un envol en 1771 lorsque la permission est donnée à un jeune Anglais de participer au coup du roi. Lord Charles Stanhope emporte contre toute attente le concours et devient commandeur. Afin qu’il puisse exercer ses nouvelles fonctions, les autorités genevoises lui octroient le droit de bourgeoisie.

La tradition est respectée, qui veut que le lauréat offre aux Genevois de somptueuses agapes en guise de remerciement. Ce jeune lord, connu également sous le nom de Lord Mahon, réitère l’exploit l’année suivante et maintient ainsi sa charge de commandeur de la compagnie. Les pratiques ont changé depuis, celui qui devient commandeur étant désormais coopté à l’interne de la société.

Le jeune lord permet au Noble Exercice de l’Arc de se développer, finançant par ailleurs la destruction et la reconstruction du siège de la société aux abords de Pré l’Évêque (aujourd’hui place du Pré-l’Évêque et rue du Jeu-de-l’Arc) où elle siège jusqu’en 1901. Après quoi, elle s’installe dans le quartier des Allières où elle reste jusqu’en 2019.

04. Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation


CH AEG Archives privées 191.41

Carte postale tir fédéral de 1851 (CH AEG Archives privées 191.41)

Comme la plupart des villes au Moyen Âge, Genève possède des sociétés militaires, confréries, ou Exercices militaires: Exercice de l’Arc (attesté dès 1444), Exercice de l’Arbalète et Exercice de l’Arquebuse. La date de la fondation de l’Exercice de l’Arquebuse n’est pas connue; son existence remonte probablement au début du XVe siècle, sous le nom de Jeu de la Couleuvrine (arme à feu portative). La plus ancienne mention est celle d’un prix offert aux arquebusiers en 1474. En 1575, les Syndics mettent à leur disposition un champ de tir à l’intérieur des fortifications, entre la rue de Rive et la rue du Lac. Les Couleuvriniers placent leur cible devant la Tour Maîtresse.

Comme toutes les sociétés de tir, les Exercices de l’Arquebuse ont un cérémonial: un concours de tir à l’oiseau (papegey), ou coup du Roi, dont le vainqueur est nommé Roi et préside la confrérie pendant une année. Les magistrats soutiennent ces sociétés par des dons en vaisselle d’étain; le Roi est exempté d’impôts.

Au XVIe siècle, dans un contexte tendu à Genève entre partisans du duc de Savoie et Eidguenots qui tournent leurs yeux vers la Suisse, les Syndics prennent soin des Couleuvriniers qui reçoivent un pré “près de l’Hôpital des pestiférés” (actuel cimetière des Rois) dans le but d’établir un stand de tir, opérationnel en 1522. Ce lieu est désormais dénommé “pré de la Coulouvrenière”.

En 1548, les statuts, soit les “Ordonnances du Jeu de l’Arquebuse”, sont adoptées par le gouvernement. À la fin du XVIe siècle, Genève se réorganise sur le plan militaire, avec une véritable armée de milice. Le Jeu de l’Arquebuse permet alors aux citoyens-soldats de s’entraîner mais n’a plus d’autres fonctions dans la défense de la ville.

Les fêtes organisées par les Arquebusiers et offertes par le Roi ainsi que les exercices sur la plaine de Plainpalais constituent de vraies fêtes nationales pendant tout l’Ancien Régime. Les réjouissances sont de plus en plus somptueuses – et coûtent très cher au Roi. En 1827, la Société de l’Arquebuse participe pour la première fois au Tir fédéral à Bâle, et Genève organise cet événement en 1828 et 1851. Il remplace progressivement les cérémonies liées au “coup du Roi”.

En 1856, les Exercices de l’Arquebuse fusionnent avec les Exercices de la Navigation, reconnus depuis 1677. La nouvelle association prend alors le nom d’ “Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation”.

En 1883, un petit stand provisoire est installé à Saint-Georges car il devenait trop dangereux d’effectuer les tirs à côté de l’usine à gaz et d’un quartier s’urbanisant. Le stand de Saint-Georges est inauguré une dizaine d’années plus tard. En 1900, la société inaugure son nouvel hôtel, construit sur l’emplacement de l’ancien pré au tir, et qui lui appartient encore aujourd’hui, à l’angle de la rue des Rois et de la rue du Stand.

05. Équitation


BGE, Centre d'iconographie genevoise, VG p 1782

Hippodrome de Plan-les-Ouates vers 1885 (BGE, Centre d’iconographie genevoise, VG p 1782)

L’équitation en tant que sport

À l’origine, monter à cheval répond avant tout à des besoins militaires et de locomotion. L’équitation, en tant que sport de loisir privilégié au sein des couches aisées de la population, ne voit le jour qu’à la fin du XIXe siècle lorsque peu à peu les machines remplacent le cheval dans certaines de ses fonctions. En Suisse, la culture équestre reste toutefois fortement liée à l’armée tout au long du XXe siècle puisque la cavalerie, en tant qu’arme, n’est supprimée par les Chambres fédérales qu’en 1972. Elle était alors le dernier pays d’Europe à entretenir des troupes de combat à cheval.

Les courses de chevaux constituent le premier sport hippique civil. À Genève, les premières courses ont lieu à Plan-les-Ouates dès 1880. Puis au tournant du siècle, elles se déplacent à l’hippodrome des Charmilles sur le terrain du Parc des Sports. Le dressage, bien qu’étant l’une des plus anciennes disciplines équestres, ne devient une branche spécifique du sport hippique que dans les années 1920.

Quant au saut d’obstacles, il devient une discipline olympique lors des Jeux olympiques de Paris de 1900. À Genève, des manifestations et concours hippiques sont organisés par des sociétés équestres, telles que l’Étrier, depuis le début du XXe siècle (1914).

Le Concours hippique international de Genève naît en 1926. La première édition a lieu au Palais des Expositions fraîchement construit pour y accueillir le Salon de l’automobile. À l’origine du concours se trouvent trois sociétés équestres : l’Étrier, la Société de cavalerie de Genève et le Rallye Genève, dès 1929, qui assumeront la responsabilité sportive de l’événement jusqu’en 1973. En 1975, le Concours hippique prend ses quartiers au Centre sportif des Vernets, pour s’installer à Palexpo en 1991, où il est encore organisé actuellement une fois par année à l’automne.

Le Manège de Genève : de l’Ancien Régime jusqu’au début du XXe siècle

La présence d’un manège à Genève à la rue de la Corraterie est attestée dans les Registres du Conseil dès le milieu du XVIIe siècle. D’autres manèges sont également évoqués au boulevard de Chantepoulet, sous la Treille et à Longemalle, bien que celui de la Corraterie semble être le plus important et le plus durable. Le manège avait pour vocation de compléter l’éducation mondaine et militaire des jeunes gens de bonne famille, Genevois ou étrangers, qui étudiaient au Collège ou à l’Académie.

Au début du XVIIIe siècle, le manège est déplacé à la rue Saint-Léger lors de la construction des hôtels particuliers du quartier de la Corraterie. Il s’agit de l’ancêtre du bâtiment construit entre 1828 et 1829 qui existe encore de nos jours à l’angle des rues Piachaud et Saint-Léger. Réalisé par l’architecte et entrepreneur François Brolliet, sa fonction oscille entre institution éducative et militaire. Tout d’abord considéré comme établissement spécial d’instruction publique, il est par la suite placé sous la surveillance immédiate du Conseil d’État chargé du Département militaire.

En 1884, le manège passe en mains privées. En 1928, la Société du Manège de Genève est liquidée et remplacée par la Société Nouvelle du Manège de Genève, qui quitte la Vieille-Ville pour s’installer à Grange-Falquet au début des années 1930. Le bâtiment, quant à lui, sera aménagé en garage.

06. Escrime


CH AEG Sociétés 26.1

Poule à l’épée au Château de Lancy, 1908 (CH AEG Sociétés 26.1)

Fondée en 1862, la Société d’escrime de Genève accompagne un processus de transformation allant des derniers sursauts du geste guerrier à la mise en place de la pratique sportive. Au temps de sa création, Genève a encore ses maîtres d’armes enseignant un savoir-faire qui n’a rien d’anodin dans une société où le duel, déclinant, mais toujours vivace, a encore sa place.

À la fin du XIXe siècle, le journaliste rapporte encore la qualité des “puissantes parades”, les “beaux assauts” et les “brillantes passes d’armes”. Ces envolées seront bientôt remplacées par les classements et le comptage des points. La discipline se codifie, l’intention, les gestes se transforment, il ne s’agit plus de sauver sa vie, il s’agit de marquer le point. La discipline sportive se met progressivement en place.

Si la Société d’escrime s’impose rapidement comme le pôle de la discipline à Genève, un certain nombre de Maîtres subsistent dans son orbite. Parmi ceux-ci, on compte notamment dès 1890, M. Fouchet, qui tout en ayant sa propre salle, participera à la création du Cercle Saint-Georges en 1898. Ce cercle offrira, pendant près de 25 ans, des escrimeurs de qualité disputant les premières places de nombre de compétitions avec les représentants de la Société d’escrime de Genève. Le Cercle de Saint Georges finit par fusionner avec cette dernière en 1923.

Ce n’est que dans l’entre-deux-guerres que les filières militaires se tarissent, les salles ferment et les maîtres se font rares. L’escrime vit des heures difficiles mais finit sa mue et devient pleinement un sport. Elle conserve néanmoins l’aura militaire et aristocratique de ses origines, un héritage qui va de pair avec le fait de ne pas être un sport populaire; peu d’affiches, des foules réduites, lorsque l’on se présente devant un public, ce dernier est choisi.

Corollaire de l’évolution vers le sport, les soirées réunissant des “tireurs” de différents horizons cèdent progressivement la place à de véritable compétitions: au niveau local, avec des initiatives telles que la Coupe Pictet-de-Rochemont (1898) ou le championnat d’épée du Château de Lancy, aussi au niveau Suisse et internationaux avec notamment l’instauration des jeux olympique en 1896. C’est toute la structure sportive contemporaine, avec son calendrier et ses rendez-vous, qui se met progressivement en place.

07. Boxe


CH AEG Chancellerie Ab 157 n° 7

Demande de passeport du boxeur Jacques Bächli, 1920 (CH AEG Chancellerie Ab 157 n° 7)

La boxe apparaît de manière visible à Genève aux alentours de 1880 dans un espace se situant entre la gymnastique, l’escrime et le music-hall. Les soirées mélangent numéros de claquettes, orchestre et exhibition de combat à mains nues. C’est que la boxe dite “anglaise” n’est encore qu’un élément parmi d’autres se disputant la scène avec la boxe française, la lutte, le jiu-jitsu ou des démonstrations de self defense. Le public ne connaît pas les règles, qui ne sont pas encore figées. Il s’agit, au fond, d’un spectacle. Il faut à la fois distraire et procurer des sensations fortes pour attirer le chaland.

Après 1918, les attentes et les termes se précisent. La boxe anglaise s’est alors imposée, structurée et ses rivaux des décennies précédentes ont fait place nette. Les clubs de boxe sont désormais bien installés, les pratiquants se sont multipliés et l’appellation suffit désormais à attirer un public de connaisseurs remplissant des salles de plus en plus vastes.

Pierre Vigny est une figure oubliée de la boxe genevoise. Professeur d’escrime, de boxe, de gymnastique et de combat à la canne, il est l’un des premiers maîtres de boxe et de boxe pied-poing à Genève où il enseigne dès le début des années 1880. Après un épisode londonien dans les premières années du XXe siècle, Pierre Vigny revient à Genève où il oeuvre à la reconnaissance et la professionnalisation de la boxe. Si Pierre Vigny est un pont entre plusieurs disciplines, il est aussi l’héritier d’un monde où elles ne sont pas encore un sport, mais avant tout un moyen de rester en vie. Le gala organisé en son honneur, en 1924, sous la présidence du baron de Coubertin, verra se réunir les représentants des sociétés de gymnastique, d’escrime et de boxe.

08. Sport d’hiver


BGE, Centre d'iconographie genevoise, phot49p gel 1891 05

Rade gelée durant l’hiver 1891 (BGE, Centre d’iconographie genevoise, phot49p gel 1891 05)

Patinage et hockey sur glace

Les sports d’hiver à Genève rimèrent pour un long temps avec “loisirs”. En effet, bien avant l’apparition de clubs et la professionnalisation des pratiques, le patinage, le ski et la luge accompagnaient naturellement les petits et grands enfants dans leur temps libre et en fin de semaine durant les frimas de l’hiver.

On chaussait patins dès que l’eau d’un étang prenait et nombreux furent les lieux qui accueillirent jeux, boucles et virevoltes. S’agissant des plus fameux, nous pouvons mentionner les patinoires naturelles de Florissant, Meyrin et La Pallanterie. Si le patinage est connu depuis des millénaires, ses origines modernes doivent avoisiner la Hollande et l’Angleterre. Les Genevois s’y adonnent au moins depuis le XVIIIe siècle dans les fossés des fortifications et notamment devant la porte Neuve où se trouvait la “Grande mer”. Un étang, des marais, un nant, une carpière, un pré inondé, les bords de l’Arve et parfois, la rade et les baies formant littoral se muaient en patinoires sous l’action du gel. Au plus fort de l’hiver durant les mois de janvier et février lorsque la bise persiste et le grand froid s’installe, la rade gela tout ou partie en 1890-1891, 1929, 1933 et 1955-1956.

En 1879, la ville de Genève décide de créer au bois de la Bâtie des pièces d’eau destinées au patinage. Un “bassin de patinage” est aménagé à Florissant en 1887, le vélodrome de la Jonction accueille dès 1896 une piste glacée en son centre, puis en 1954, on installe une patinoire provisoire  dans le pavillon des sports attenant au Palais des expositions. Les Genevois devront attendre 1958 pour profiter de la première patinoire couverte érigée aux Vernets.

Le hockey sur glace fut pratiqué dans notre canton à partir des années 1880. Une des premières équipes genevoises fut le H.C. Florissant. La section hockey du Servette fut créée en 1905/1906, elle avait à cette époque pour rivale l’Urania Genève Sport (U. G. S.).

La luge et le ski

On commença à pratiquer le ski à Genève dans les années 1894-1895. En 1902 émerge le premier ski-club genevois à Pregny. Les pentes et forêts du Salève constituèrent un premier laboratoire pour les amateurs avant celles de Saint-Cergue, Gimel, Le Brassus, La Dôle ou encore La Givrine. En 1951, le ski-club de Genève compte parmi les plus importants de Suisse – il dénombre 1400 actifs.

Dès qu’une pente se présentait, les enfants profitaient de la luge qui, dit-on, est plus ancienne que la roue et le char. La Coupe du Salève en 1906 et les courses de la Faucille mirent la luge à l’honneur. Des courses de bobsleigh eurent lieu sur la route du Salève, du sommet à Monnetier, et à Genève, le premier club de curling remonte à 1946.

09. Natation


CH AEG Ms hist. 913.5

Baby-Plage, années 1930 (CH AEG Ms hist. 913.5)

Au début du XVIe siècle, les principales étuves de la Ville, dont l’existence remonte à l’époque médiévale, sont situées sur les rives du Rhône. Si, pour certains, elles sont un lieu où l’on vient en famille faire sa toilette (eau chaude), pour d’autres, il s’agit de lieux de débauche qu’il faut strictement réglementer.

L’actuelle rue des Étuves, dans le quartier de Saint-Gervais, est un témoin de ces anciens établissements. Au milieu du XVIIIe siècle, les premiers bains font leur apparition sur les rives du lac, comme par exemple aux Eaux-Vives avec les Bains Lullin ou encore les Bains Merle d’Aubigné où sont donnés les premiers cours de natation (1789 – école de natation), mais également au bord du Rhône avec les bains de la Coulouvrenière (1775) et ceux du bord de l’Arve (1793).

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, période qui coïncide avec la démolition des fortifications, le courant hygiéniste prend de l’ampleur et vante notamment les bienfaits de l’eau pour la santé. Genève n’échappe pas à cette tendance et voit se développer sur les rives du lac nombre de bains en plein air, qui pour certains existent encore aujourd’hui: les Bains des Pâquis (1872 et 1932), Eaux-Vives-Plage (1916), dont subsiste uniquement la partie appelée Baby-Plage, et Genève-Plage (1932). On notera que la majorité des baigneurs qui fréquentent ces bains ne savent pas nager. En 1915, la pratique de la natation s’apparente plus souvent à des exercices physiques dans l’eau qu’à de la nage.

Pourtant, les premières écoles de natation apparaissent au bord du lac dès le milieu du XIXe siècle. Il y a l’école de Monsieur Daffner fondée en 1856 aux Pâquis, celle ouverte en 1862 aux Bains du Brise-Lame ou Bains Mermilliod sur le quai des Eaux-Vives, ou encore l’ancêtre de Genève Natation, qui débute son activité sur la rive droite en 1885. En 1910, le Cercle des nageurs de Genève prend ses quartiers aux Eaux-Vives et en 1918, la Fédération suisse de natation est fondée à Genève.

Dès l’année 1885, les premières compétitions de natation sont organisées en plein air aux abords de la rade. Parmi les compétitions genevoises de renommée internationale, on retiendra la fameuse Coupe de Noël. Elle a lieu pour la première fois en 1934. Lors de cette première édition, ce sont neuf participants qui s’élancent du pont de l’Île vers la passerelle de l’Île.

Il faut cependant attendre le XXe siècle pour voir apparaître des installations sportives dédiées à cette pratique. Au milieu des années 60, Genève-Plage projette de construire une piscine, alors que celle des Vernets est inaugurée en 1966; ce sera d’ailleurs la première piscine olympique couverte en ville de Genève.

10. Football


CH AEG Archives privées 209.6

Équipe de football du Collège international La Châtelaine – 1853-1903 (CH AEG Archives privées 209.6)

La pratique du “football rugby” et du “football association” (les joueurs ne peuvent pas utiliser leurs mains) est importée en Suisse dès les années 1860-70 par de jeunes Anglais venus étudier dans les établissements privés de Genève, Lausanne ou Montreux. Ces étudiants sont à l’origine des premiers clubs créés dans la région lémanique, dès le milieu du XIXe siècle.

À Genève, l’Institut du château de Lancy ou Institut Haccius se dote d’une équipe de football en 1855 déjà. Sport d’élite à ses débuts, la pratique du “football rugby” se démocratise avec la pratique plus marquée vers le “football association” qui connaît un engouement croissant auprès de la population genevoise.

On assiste à l’apparition des premiers clubs de foot à la fin du XIXe siècle. Parmi ceux-ci, on compte notamment le Football club de Genève, actif en 1881 déjà, le Football club de Servette, fondé le 20 mars 1890 et plus connu sous le nom de Servette FC, dont la section football remonte à 1899; le FC Urania, section du club omnisport des Eaux-Vives datant du 9 février 1896 ou encore le FC Victoria, devenu aujourd’hui l’Étoile Carouge Football Club.

Sur le plan cantonal, les premiers clubs, dont Lancy et Servette, fondent l’Association genevoise de football (AGF) le 9 septembre 1902, avec François J. Dégerine, capitaine du Servette et directeur de la Suisse Sportive, comme premier président. Dès cette date, les clubs genevois se distinguent à plusieurs reprises sur le plan national, notamment avec le Servette FC qui est sacré 17 fois champion suisse de 1907-1999, ainsi que 7 fois vainqueur de la Coupe de Suisse de 1928-2001 ou encore le FC Urania Genève Sport qui remporte la Coupe de Suisse en 1929 en battant les Young Boys de Berne en finale.

Pour les premiers clubs de foot, la principale difficulté est de trouver un terrain d’entraînement. En effet, à ses débuts, le Football club de Servette, qui pratique le rugby, dispose d’un simple pré situé entre la rue de la Poterie, le chemin Liotard et le chemin du Colombier. Dès le mois de mai 1890, le club quitte le quartier de la Servette pour s’entraîner sur la Plaine de Plainpalais, mais l’organisation de l’Exposition nationale suisse à Genève le contraint à quitter les lieux en 1896. Faute de terrain, le club doit suspendre son activité jusqu’en automne 1898, date de la reprise des entraînements sur la Plaine. En 1901, le Football club de Servette se déplace au Pré Cayla, le long de la rue de Lyon, sur le terrain du futur Parc des Sports. Le club y dispute son premier match le 31 mars 1901 et marque ainsi son inauguration officielle.

Durant la Première Guerre mondiale, le terrain du Parc des Sports est déplacé perpendiculairement à la rue de Lyon, en raison de l’agrandissement des usines Pic-Pic. On construit des gradins en terre pour remplacer les estrades, ce qui double la capacité de la tribune. Le Stade des Charmilles est officiellement inauguré en 1930, lors de la Coupe des Nations qui a lieu du 20 juin au 6 juillet, organisée pour le 40e anniversaire du Servette FC.

11. Automobile


CH AEG Archives privées 463

Excursion-rallye en voitures de l’Automobile-Club Suisse (CH AEG Archives privées 463)

Passionné par l’essor technique de l’automobile, un club de conducteurs pionniers est fondé: l’ACS. Ce club de passionnés fortunés souhaite influencer le politique et organise excursions et compétitions. Ainsi, l’Automobile-Club Suisse fait le tour du Léman en septembre 1898, puis chapeaute la première course internationale Genève-Meillerie et retour, en octobre. Les compétitions sont nombreuses et variées: la course de côte Trélex-Saint-Cergue (1901), le kilomètre lancé d’Eaux-Mortes (dès 1903), ou encore la course de côte du Port-Noir à Cologny, à laquelle participe Gustave Ador (1904). La première Exposition de l’Automobile, créée par l’ACS, permet aussi l’organisation de rallyes et gymkhanas (1905), et la course du kilomètre à la route de Chancy.

Le Comité de l’ACS, alors dirigé par Charles-Louis Empeyta, organise la première Exposition nationale suisse de l’automobile et du cycle, en 1905. À cette occasion, les 59 stands du Bâtiment électoral accueillent près de 18’000 visiteurs.

Il faut dire que Genève, la ville suisse qui compte alors le plus de véhicules motorisés, est un haut lieu du développement automobile. Lucien Picker, inventeur de la Lucia (1903), vendra son usine à John Meynet, créateur des SIGMA; la CIEM (futurs Ateliers de Sécheron) invente la Stella; les ateliers Piccard et Pictet développent la Pic-Pic (1907); Henri et Armand Dufaux passent des motocycles Motosacoche à l’aviation; leurs cousins Charles et Frédéric Dufaux créent les voitures Maximag (1922). Ces véhicules sont des mécaniques de haute précision, dont la production est très lente: les pièces sont créées spécialement, les réglages ajustés longuement.

Cette industrie florissante peine à surpasser les restrictions de la Première Guerre mondiale et surtout à moderniser les méthodes de production: les véhicules européens et américains gagnent le marché suisse. Après une interruption de quelques années, l’Exposition revient avec succès à Genève en 1923, puis en 1924, où le Salon devient international. Pour l’occasion, une passerelle installée au-dessus du boulevard Georges-Favon relie le Bâtiment électoral aux halles construites sur la Plaine de Plainpalais. À la recherche d’un emplacement pour le Salon de 1926, le comité choisit le terrain du skating pour édifier le Palais des Expositions. Ce bâtiment accueillera le Salon de l’auto jusqu’au début des années 1980.

Les courses organisées à Genève sont réputées et attirent amateurs et experts: on y rencontre Frédéric Dufaux sur le moteur de son invention (1905), René Thomas sur une Delage (1923 et 1924), Enzo Ferrari sur une Alfa Roméo (1924). Les courses automobiles empruntent aussi des circuits construits et pensés pour les motos. C’est le cas du circuit de Meyrin, un tracé triangulaire de 9 km, où eurent lieu les Grand-Prix de Suisse de 1923 et de 1927, et du circuit des Nations, une boucle urbaine de quelques kilomètres, prisée entre 1936 et 1950 par Giuseppe Farina, Maurice Trintignant, Fangio et le prince Bira.

12. Cyclisme


Almanach du Vieux-Genève, 1929, p. 8

Almanach du Vieux-Genève, 1929, p. 8

Entre le premier bicycle importé à Genève en 1867, un Michaux parisien muni d’un pédalier, et la petite reine d’acier de 1885, que de progrès! Les serruriers Bandlé et Van Leisen créent de nouveaux modèles, comme “le sociable” et les Genevois plébiscitent le cycle qui démocratise le transport et ouvre l’espace, de la livraison commerciale au voyage d’agrément. À Genève, on dénombre 9668 bicycles en 1899 et 22’900 en 1913.

Le Vélo-Club de Genève, le premier club cycliste suisse, est fondé en 1869. De nombreuses associations se créent, parmi lesquelles le Cyclophile genevois, le Touring Club (1896) ou la Pédale de Saint-Gervais. En 1891, l’Union vélocipédique genevoise réunit les différents clubs et obtient l’abrogation des limites de circulation interdisant les rues de la ville aux deux-roues.

Le Vélo-Club organise la première course cycliste de Suisse, le Tour du Léman (1880) et la première course internationale de bicycles et de tricycles, qui a lieu autour de la Plaine de Plainpalais, en 1886.

Construire un vélodrome devient nécessaire: l’Union vélocipédique choisit un terrain à Varembé… et inaugure la piste le 15 mai 1892, avec une course internationale. C’est là, en 1895, que le cavalier William Cody, dit Buffalo Bill, se mesure au cycliste Francis Portier lors de la tournée européenne de son cirque.

Toutefois, la piste devient obsolète en quelques années; l’entrepreneur B. Henneberg fait alors construire un vélodrome sur les terrains qu’il possède à la Jonction. L’installation, qui jouxte l’Exposition nationale, ouvre en mai 1896. Plusieurs championnats suisses y sont organisés, ainsi que le championnat du monde de 1906. Ce vélodrome est utilisé jusqu’en 1917. Il cède ensuite la place à la fin de l’aménagement du Rond-Point de la Jonction.

Le vélodrome de Plan-les-Ouates est construit en 1922; il constitue une piste réputée grâce aux champions qui y rivalisent, Koblet, Plattner et Bartali par exemple, mais aussi par son emplacement et sa technique de construction. Il reçoit le championnat suisse l’année même de son inauguration et sert aussi plusieurs fois d’étape lors du Tour de France. Dans les années 1960, délaissé, le vélodrome de Plan-les-Ouates accueille encore des courses de stock-car; il est démoli en 1967.

Une boucle a été construite à Frontenex, mais les cyclistes préfèrent les vélodromes saisonniers, rendus possibles, dès 1936, par le développement de la construction tubulaire. Ces pistes occupent le Salon des expositions l’hiver, entre le Salon des arts ménagers et le Salon de l’auto.

13. Gymnastique


BGE, Centre d'iconographie genevoise, VG p 1252

Fête fédérale de gymnastique, Plaine de Plainpalais, 1925
(BGE, Centre d’iconographie genevoise, VG p 1252)

L’idée d’organiser un enseignement d’exercices physiques destiné aux garçons se répand à Genève dès la fin du XVIIIe siècle. Deux visions s’opposent et en retardent la réalisation. D’un côté les adeptes de la discipline militaire, qui suivent Guts Muths et Clias; de l’autre, les défenseurs du développement harmonieux de l’être humain, dans la ligne de Rousseau et Pestalozzi.

En juillet 1823, Christian Rosenberg est autorisé à donner un cours de gymnastique dans les fossés de Saint-Antoine. Ce cours connait un succès tel que le professeur demande à bénéficier d’un bâtiment couvert pouvant être utilisé à l’année: cette première salle de gymnastique, inaugurée en 1833, sera démolie en 1857, en même temps que les fortifications.

La loi sur l’organisation militaire de 1874 rend l’enseignement de la gymnastique obligatoire. On construit des salles de gym à proximité des écoles primaires, rue de Malagnou, par exemple. La pratique reste longtemps une préparation à l’exercice militaire. Le programme Jeunesse et Sport et l’École supérieure de Macolin sont soutenus par la Confédération et par le Département militaire.

Les premières sociétés de gymnastique sont fondées autour de 1850: “Genève bourgeoise”, la section de la Société fédérale de gymnastique, précède de deux ans la Société de gymnastique de Genève, créée par la Société de Zofingue. Les sociétés fleurissent dans les communes; la pratique de la gymnastique, faite d’endurance et de discipline, revêt un rôle moral et civique. L’organisation de fêtes cantonales et fédérales permet des échanges, une saine rivalité sportive, mais aussi l’expérimentation du corps social.

Genève accueille 300 gymnastes en 1852, 400 en 1867, 2400 en 1891 et 16’000 en 1925: la Plaine de Plainpalais permet de grandes compositions d’ensemble, expressions du corps social, ainsi que l’organisation de compétitions par disciplines, comme la barre fixe, par exemple. Ces fêtes jouent un grand rôle dans la formation de l’identité de la Suisse moderne.

14. Rythmique


CH AEG Archives privées 116

La musique, la danse, les rondes émeuvent participants et spectateurs
(CH AEG Archives privées 116)

Professeur d’harmonie puis de solfège au Conservatoire de Genève, Émile Jaques-Dalcroze élabore la base d’une nouvelle méthode selon laquelle le sens du rythme a son siège dans les mouvements du corps. Il cherche alors à musicaliser les gestes et la marche des enfants pour une mise en harmonie des vibrations physiques et de celles de l’esprit.

Si ses détracteurs dénoncent les “singeries” d’un “dangereux fantaisiste”, Jaques-Dalcroze bénéficie du soutien de personnalités influentes et progressistes, comme Adolphe Appia. Il enseigne alors sa méthode aux jeunes filles de bonne famille et la promeut par des démonstrations et des ateliers.

En 1910, les frères Dohrn offrent à Jaques-Dalcroze une école de musique dans la nouvelle cité-jardin de Hellerau, près de Dresde. Le Festspielhaus, véritable laboratoire de la danse, voit défiler musiciens, danseurs, acteurs et écrivains du monde entier; “Vous y allez en curieux, vous en revenez en pèlerin“, dira Ansermet. En août 1914, la guerre met fin à l’expérience.

Le 21 octobre 1914, une pétition est déposée pour que la rythmique soit enseignée à l’école primaire; dans un premier temps, les locaux scolaires sont prêtés, puis la rythmique figure au programme. L’Institut Jaques-Dalcroze de Genève est créé en 1915. Il est dirigé par Émile pendant 35 ans.

En juin 1914, Genève célèbre les cent ans de son entrée dans la Confédération. Le canton vit alors une situation tendue, avec des clivages gauche-droite, Église-État, protestant-catholique, mais aussi vis-à-vis de la Confédération qui semble prétériter les cantons romands. Les festivités ont un rôle fédérateur; leur apogée sera le Festspiel de Baud-Bovy, Malsch et Jaques-Dalcroze. Le temps de sept représentations, 1200 acteurs joueront devant 6000 spectateurs dans un théâtre construit spécialement à la Perle du Lac.

15. Quinzaine sportive et Jeux de Genève


​CH AEG Archives privées 557/137
Affiche de la Quinzaine sportive  de 1905 (CH AEG Archives privées 557/137)

Durant la première moitié du XXe siècle, différentes manifestations sportives sont organisées à Genève à l’image de la Quinzaine sportive, qui a lieu du 1er au 16 juillet 1905, ou encore des Jeux de Genève, qui connaîtront leur heure de gloire entre 1940 et 1951.

La Quinzaine sportive est vue comme une occasion unique de promouvoir Genève à l’étranger et ainsi attirer un grand nombre de touristes amateurs de sports dans la cité de Calvin. On trouve au programme des festivités de nombreuses régates, des concours de tirs aux armes de précision et un concours de tir aux pigeons artificiels, un tournoi de tennis, ainsi que des courses de chevaux et un concours hippique. L’Association des intérêts de Genève, à l’origine du projet, espère ainsi amener à Genève “le public riche et élégant qui s’intéresse en général à ce genre de distraction”.

Les Jeux de Genève, quant à eux, ont vu le jour en 1940 pour permettre, d’une part, aux sportifs suisses de participer à des compétitions de haut niveau malgré la guerre et, d’autre part, de relancer, même modestement, l’économie locale en ces temps difficiles. La dernière édition a lieu en 1951. Selon les années, le programme comprend des matchs de football ou de boxe, des critériums cyclistes, des tournois de tennis, d’escrime ou encore de basket-ball, tout comme des meetings d’athlétisme ou de natation, ainsi que des championnats de canoë.

La manifestation renaîtra en 2012 sous un nouveau jour. L’objectif est alors de permettre aux jeunes sportifs entre 11 et 18 ans, filles et garçons, du Grand Genève de s’affronter dans 21 sports différents.


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